Les peintres, les sculpteurs écrivent
Odilon Redon

Les peintres, les sculpteurs écrivent<Br>Odilon Redon

Date/heure

mardi,
11 octobre 2022
20 h 00 min - 22 h 00 min




Lecture vivante par Catherine Kunz, comédienne
Les peintres, les sculpteurs écrivent
Textes rassemblés par Christine Barbey

Odilon Redon « Ecrits et correspondance »

« Je fus torturé par le professeur.

Soit qu’il reconnût la sincérité de ma disposition sérieuse à l’étude, soit qu’il vit un sujet timide de bonne volonté, il cherchait visiblement à m’inculquer sa propre manière de voir et à faire un disciple – ou à me dégoûter de l’art même. Il me surmena, fut sévère ; ses corrections étaient véhémentes à tel point que son approche à mon chevalet éveillait chez mes camarades une émotion. Tout fut vain.

Il me préconisait d’enfermer dans un contour une forme que je voyais, moi, palpitante. Sous prétexte de simplification (et pourquoi ?), il me faisait fermer les yeux à la lumière et négliger la vision des substances. Je n’ai jamais pu m’y contraindre. Je ne sens que les ombres, les reliefs apparents ; tout contour étant sans nul doute une abstraction. L’enseignement qu’on me donna ne convenait pas à ma nature. Le professeur eut de mes dons naturels la plus obscure, la plus entière méconnaissance. Il ne me comprit en rien. Je voyais que ses yeux volontaires étaient clos devant ce que voyaient les miens. Deux mille ans d’évolution ou de transformation dans la manière de comprendre l’optique sont d’ailleurs peu de chose à côté de l’écart créé par nos deux âmes contraires. J’étais là, jeune, sensible et fatalement de mon temps, à écouter je ne sais quelle rhétorique issue on ne sait comment des œuvres d’un certain passé. Ce professeur dessinait avec force une pierre, un fût de colonne, une table, une chaise, un accessoire inanimé, un roc et toute la nature inorganique. L’élève ne voyait que l’expression, que l’expansion du sentiment triomphant des formes. Impossible

lien entre eux deux, impossible union ; soumission qui eût amené l’élève à être un saint, ce qui étaitimpossible. »

Durée : 1h15

Entrée libre au chapeau